ETRES – Le site des sources de Gilles de Juganville (par Claudio Legere)

ontologie phénoménologie herméneutique anthropologie philosophie

ÊTRES & LA BIBLE

Une louange en couleurs

Le livre de Juganville n’est pas un livre de théologie. Dieu n’y apparaît qu’une seule fois sous un nom propre à la tradition philosophique, comme « Producteur divin qui n’est plus causé par rien d’autre que lui-même : cause de soi » (Êtres, p. 209), c’est-à-dire comme la clef de voûte d’une métaphysique dont les concepts sont tirés de la production. Ailleurs, les dieux sont ceux des mondes historiques : le ciel « peuplé de dieux » (Êtres, p. 117), les « dieux-fleuves » auxquels il fallait sacrifier (Êtres, p. 274), la montagne où l’on ne voit plus « la trace de la présence des dieux » (Êtres, p. 275). La structure des sens d’être se veut d’ailleurs explicitement « trans-religieuse » (Êtres, p. 226).

La Bible est pourtant présente dans le livre de Juganville, mais d’une manière discrète, à la façon des autres sources : par des listes, par des formules détournées et, plus profondément, par un ton. Juganville l’a reconnu dans les entretiens dont se sert Claudio Legere : le livre se veut aussi, en filigrane, une louange de la création, c’est-à-dire de la pluralité des sens d’être et de la diversité infinie des étants. Il ne s’agit donc pas ici de faire de Êtres un livre religieux, mais de voir ce que la confrontation avec quelques textes bibliques fait apparaître : une parenté dans l’énumération du monde, une question sur la création et la production, et un certain nombre de phénomènes qui échappent à la production.

Une litanie du monde

Ouvrant la section « Des invariants », Juganville reprend son questionnement « depuis notre expérience ordinaire : celle de la richesse du monde » et énumère :

« Le soleil et la lune, les astres et la voie lactée, les pluies et les rosées, les vents et la grêle, la froidure et l’ardeur, les rosées et les giboulées, les glaces et les neiges, les éclairs et les nuées, les montagnes et les collines, l’or et la poussière, les sources et les torrents, les mers et les rivières, les cèdres et les chênes, les herbes et les buissons, les baleines et les oursins, les aigles et les moineaux, les serpents et les veaux, les enfants et les nourrissons, les prêtres et les serviteurs, les fonctionnaires et les chefs de bureau, les rois et les mendiants… » (Êtres, p. 158)

Le lecteur familier de la liturgie reconnaît la trame du cantique des trois jeunes gens dans la fournaise (Daniel 3, 57-88), le Benedicite : « soleil et lune », « astres du ciel », « pluies et rosées », « froid et chaleur », « glaces et neiges », « éclairs et nuées », « montagnes et collines », « sources », « mers et fleuves », « baleines et tout ce qui se meut dans les eaux », « oiseaux du ciel », « bêtes et troupeaux », « enfants des hommes », « prêtres », « serviteurs du Seigneur ». S’y mêlent des éléments du Psaume 148, qui appelle à la louange « arbres fruitiers et tous les cèdres », « reptiles et oiseaux ailés », « rois de la terre et tous les peuples » (Ps 148, 9-11), et peut-être du Psaume 8, où la louange monte « de la bouche des enfants et des nourrissons » (Ps 8, 3).

Juganville conserve les couples et leur ordre, mais retire l’impératif : nulle part « bénissez le Seigneur ». Reste la profusion elle-même, et le commentaire qui la suit immédiatement : « Une telle énumération, sous son apparence hétéroclite, se révèle déjà très structurée » (Êtres, p. 158). La remarque vaut à la lettre pour le cantique. Celui-ci ne mêle pas les créatures au hasard : il descend du ciel aux météores, des météores à la terre, de la terre aux plantes, des plantes aux eaux, des eaux aux bêtes marines, puis aux oiseaux, aux bêtes de la terre et enfin aux hommes. Sans le savoir, le cantique est déjà une table de catégories, qu’aucune logique ni aucune grammaire n’a dérivée et qui vient de l’expérience ordinaire du monde.

On y lit aussi ce qui manque. Le cantique ne mentionne ni choses ni aliments : la louange s’adresse à ce qui est donné, non à ce qui est produit. Le livre de Juganville trace la même ligne de partage : « Les végétaux, les animaux, les éléments et nous-mêmes ne sommes pas produits mais donnés chacun selon son sens d’être » (Êtres, p. 274). Quand l’énumération de Juganville fait entrer des produits ou des institutions, c’est par détournement : entre les prêtres et les rois se glissent « les fonctionnaires et les chefs de bureau », de sorte que le monde administré dont la troisième partie fera l’analyse (la bureaucratie, « dictature du On », Êtres, p. 284) s’invite dans l’antique litanie.

On peut enfin mesurer, à partir de ce cantique, la différence entre deux sortes de joie. Juganville décrit parmi les affects profonds « la joie de l’étant en plénitude », lorsque « nous exultons devant le tout de l’étant » (Êtres, p. 127). Mais un tel affect abolit les contrastes : il nous place dans une « plénitude rosée » qui est encore une monochromie (Êtres, p. 132). La louange biblique procède autrement : elle ne s’adresse pas au tout indifférencié de l’étant, mais nomme chaque genre l’un après l’autre. C’est une louange en couleurs, pour reprendre la métaphore de l’introduction (Êtres, p. 18), qui ne dissout pas la pluralité dans l’exultation mais la parcourt.

« Selon leur espèce »

Le premier récit de la création (Genèse 1) répète comme un refrain que les plantes, les bêtes des eaux, les oiseaux et les bêtes de la terre sont faits « selon leur espèce ». La création y est d’abord séparation : la lumière d’avec les ténèbres, les eaux d’en haut d’avec les eaux d’en bas, la mer d’avec la terre sèche. Il serait excessif de retrouver les six sens d’être dans les six jours. Mais la parenté de geste est réelle : le monde y est d’emblée différencié et non tiré d’une substance commune qui se spécifierait ensuite, et cette différenciation est dite bonne. Juganville refuse de même qu’il y ait « d’abord de l’étant indifférencié […] en une substance commune » (Êtres, p. 28). L’humanité y est d’emblée duelle, « homme et femme » (Gn 1, 27), comme chez Juganville : « L’humanité est d’emblée duelle. La neutralité sexuelle est une abstraction » (Êtres, p. 199).

Le second récit (Genèse 2) offre une scène plus proche encore de la méthode du livre de Juganville. Dieu amène les animaux à l’homme « pour voir comment il les appellerait », et l’homme leur donne un nom ; « mais pour l’homme, il ne trouva pas d’aide qui lui fût assortie » (Gn 2, 19-20). Deux traits retiennent l’attention. D’abord, la nomination ne crée pas les genres : les animaux sont amenés, ils sont déjà là, et la parole les dit sans les instituer. Juganville ne dit pas autre chose : « l’ordre du monde ne provient pas de notre manière de le dire » (Êtres, p. 147). Ensuite, la scène est celle d’un contraste ordinaire : parmi tous les vivants défilant devant lui, l’homme ne trouve personne de son genre. « Où et quand, dans notre comportement ordinaire, confond-on un homme et un animal, quel qu’il soit ? Nulle part et jamais » (Êtres, p. 77).

Les choses, elles, n’apparaissent qu’avec l’homme et ses descendants : la ville, les tentes, les instruments de musique et la forge (Gn 4, 17-22). Juganville le dit en termes ontologiques : « Sans hommes, il n’y aurait pas de choses » (Êtres, p. 163) ; « Dès qu’il y a homme, il y a production » (Êtres, p. 51). La production ordinaire y apparaît sous le signe de la peine, puisque l’homme mange son pain « à la sueur de [son] visage » (Gn 3, 19).

La poussière de l’Ecclésiaste

C’est à l’Ecclésiaste (le Qohéleth) que le livre de Juganville emprunte sa poussière. Dès l’introduction, les étants produits finissent « par pourrir ou par finir en poussière » (Êtres, p. 13), et les miettes du gâteau font hésiter : les feuilles mortes sont-elles « déjà, ou pas encore, de la poussière d’être ? » (Êtres, p. 15). Plus loin, « tous les sens d’être finissent dans l’élémental : comme poussière » (Êtres, p. 177), et les produits, « comme tous les sens d’être d’ailleurs, […] vont aux éléments : tous deviennent poussière » (Êtres, p. 220). La formule fait écho au Qohéleth : « tout va vers un même lieu ; tout vient de la poussière et tout retourne à la poussière » (Qo 3, 20).

Le livre de Juganville ne reprend pourtant que la moitié du verset. Le Qohéleth tire de ce retour commun une identité de destin : « le sort de l’homme et le sort de la bête sont un même sort ; comme meurt l’un, ainsi meurt l’autre » (Qo 3, 19). Juganville refuse cette conséquence. La poussière n’est pas chez lui une substance commune dont tout serait fait et qui révélerait la vanité des différences : elle est le terme où les étants quittent leur tenue ontologique (Êtres, p. 220), et ce terme lui-même a un sens d’être, l’élémental. Quant à la mort, elle n’est pas la même pour tous : mourir n’est pas périr, puisque « le périr est le sens d’être de la mort des animaux » (Êtres, p. 306), et même la mort la plus déshumanisée reste la mort d’un homme (Êtres, p. 290). Tout retourne à la poussière, mais chaque sens d’être y retourne à sa manière. Le Qohéleth lui-même n’en reste d’ailleurs pas à l’identité, puisqu’il ajoute aussitôt une question : « Qui sait si le souffle de l’homme monte en haut, et si le souffle de la bête descend en bas ? » (Qo 3, 21).

On pourrait aussi lire dans l’Ecclésiaste une autre résonance : « Une génération s’en va, une génération vient, et la terre subsiste toujours » (Qo 1, 4). La terre qui demeure pendant que passent les générations, c’est assez exactement ce que le livre de Juganville nomme le sens d’être des éléments : « la persistance » (Êtres, p. 179).

Le Créateur est-il un producteur ?

C’est sur ce point que la confrontation est la plus délicate. Pour Juganville, la métaphysique est une onto-théo-logie dont les concepts proviennent de la production : le stock, la cause, le premier moteur et, pour finir, le « Producteur divin » cause de soi (Êtres, p. 209-210). La Bible est-elle à l’origine de ce Dieu producteur, ou en est-elle indemne ?

Elle porte en réalité deux langages. Le premier est celui de la parole : « Dieu dit : “Que la lumière soit”, et la lumière fut » (Gn 1, 3) ; « il a commandé, et ils ont été créés » (Ps 148, 5). Ici, rien ne ressemble aux quatre causes : ni matériau, ni outil, ni modèle extérieur. Le verbe hébreu réservé à cet acte (bara’) n’a jamais d’autre sujet que Dieu. Le second langage est celui de l’artisan : Dieu « modela » l’homme avec la poussière du sol (Gn 2, 7), et les prophètes reprendront l’image du potier et de l’argile (Jr 18 ; Is 45, 9 ; Rm 9, 20-21). La Bible ne se tient donc pas hors de l’expérience de la production ; elle s’en sert comme d’une image, parmi d’autres, de la dépendance. C’est la tradition philosophique qui, de Platon à Aristote puis aux théologies qui en héritent, fera du modèle de l’artisan un système des causes applicable à tout étant. Le livre de Juganville offre d’ailleurs le concept qui permettrait de maintenir la différence : « La production est un genre parmi d’autres de venue à l’être. Chaque sens d’être vient au monde selon son sens d’être » (Êtres, p. 223). Juganville ne pose pas la question de savoir si la création nomme une venue à l’être irréductible à la production, et il n’a pas à la poser, puisqu’elle déborde son sujet.

Un autre fil, moins attendu, relie les deux corpus : la critique prophétique des idoles. Isaïe décrit l’artisan qui coupe un arbre : il en brûle une moitié pour se chauffer et cuire son pain, et de l’autre moitié il fait un dieu, devant lequel il se prosterne (Is 44, 14-17). Le prophète voit dans l’idole un produit du même bois et des mêmes mains que le pain, c’est-à-dire de la même matière et de la même cause motrice. Le Psaume 115 ajoute que les idoles d’or et d’argent sont « ouvrage de mains d’homme » et que « ceux qui les fabriquent leur deviendront semblables » (Ps 115, 4-8). Il est difficile de ne pas rapprocher cette dernière formule de ce que Juganville décrit dans la Production Totalisante : le producteur devenu rouage de la machinerie qu’il fait tourner, au point que « l’argent a remplacé les hommes » (Êtres, p. 264). Le Système hérite d’ailleurs des attributs du Dieu des philosophes : « Le Système est la cause première, qui se cause elle-même, le premier moteur » (Êtres, p. 268). Les Évangiles opposeront Dieu et Mammon (Mt 6, 24), et le Qohéleth avait déjà noté le caractère sans fin de l’argent : « Qui aime l’argent n’est pas rassasié par l’argent » (Qo 5, 9), comme la production d’argent devient chez Juganville « quantitativement infinie » (Êtres, p. 263).

Ce qui échappe à la production

Plusieurs textes bibliques font paraître des étants ou des temps qui se soustraient à l’usage et à l’échange.

Les discours de Dieu à Job (Job 38-41) sont une autre litanie du monde, mais d’un ton tout différent de celui du cantique de Daniel : l’onagre qui se rit du tumulte des villes, le buffle qui ne consentira pas à tirer la herse, l’autruche, le cheval, l’aigle, Béhémoth et Léviathan (Job 39, 5-12 ; 40-41). Ces vivants ne sont pas là pour l’homme. Ils ne sont pas matière première en puissance, ce que deviennent les animaux dans la Production Totalisante (Êtres, p. 251-252). On y reconnaît aussi un refus du survol. « Où étais-tu quand je fondais la terre ? » (Job 38, 4) : l’homme ne peut se placer au point d’où l’on embrasserait le tout. Juganville le dit à sa manière, puisque nous ne pouvons « sauter par-dessus notre époque, notre lieu, notre monde, notre existence, notre sens d’être » (Êtres, p. 184). Mais le même discours fait tomber la pluie « sur une terre sans habitants, sur un désert où il n’y a pas d’homme » (Job 38, 26). Pour Juganville, au contraire, un monde sans hommes n’est jamais qu’un monde « que nous imaginons, auquel nous nous rapportons d’une manière ou d’une autre » (Êtres, p. 89). Job et Juganville refusent tous deux à l’homme le survol, mais Job l’accorde à un autre que l’homme, alors que chez Juganville il n’appartient à personne.

Le sabbat interrompt périodiquement la production ordinaire, non seulement pour l’homme, mais aussi pour le serviteur, la servante, le bœuf et l’âne (Ex 20, 10 ; Dt 5, 14). Mais il ne vient qu’au terme de la semaine : « Tu travailleras six jours » (Ex 20, 9). Le jour du repos suppose les jours de travail, comme la cessation suppose ce qui cesse. Juganville a forgé à ce propos une expression : tant que l’on décrit les choses dont nous usons et les aliments que nous consommons sans rien produire, la description reste une « ontologie du dimanche » (Êtres, p. 201). Une ontologie qui ne connaîtrait que l’usage et la consommation serait celle d’un monde où il ne serait jamais que dimanche. C’est pourquoi le livre de Juganville, après avoir décrit les six sens d’être, doit encore décrire la production ordinaire, de même que le repos biblique n’a de sens qu’au regard des six jours. Le Lévitique l’étend à la terre, qui doit se reposer chaque septième année, et refuse qu’elle devienne marchandise : « la terre ne sera pas vendue à perpétuité » (Lv 25, 4.23). Sans idéaliser le monde ancien (Juganville rappelle qu’il eut « ses millions de morts et ses mondes détruits », Êtres, p. 263-264), on mesure par contraste ce que signifie un système où « tout étant devient marchandise » (Êtres, p. 263) et où rien ne s’arrête jamais.

Reste le cas des aliments. Pour Juganville, ils sont produits, de la récolte des graminées sauvages jusqu’au vin, et seuls « quelques aliments comme certains fruits ou certaines sources d’eau ne semblent pas produits, ou pas encore » (Êtres, p. 174). Dans les entretiens, Juganville est revenu sur ce point : l’eau de source ou de pluie, recueillie plutôt que produite, serait le cas unique d’une donation d’un aliment, ce qui expliquerait peut-être son caractère sacré dans certaines cultures. Or la Bible connaît précisément des aliments donnés : l’eau du rocher (Ex 17, 6 ; Nb 20, 11) et la manne, « pain du ciel » (Ps 78, 24). La manne a une singularité remarquable : elle ne se garde pas, et celle qu’on met de côté se gâte (Ex 16, 19-20). Elle a donc tous les traits ontologiques que Juganville reconnaît à l’aliment, éphémère et voué à la corruption s’il n’est pas consommé (Êtres, p. 171-172), mais sans la production. L’Écriture la présente comme un prodige. Elle confirme ainsi, par contraste, que l’aliment donné est hors de l’ordinaire et que l’aliment ordinaire est produit. Isaïe en tire une invitation qui se tient à l’opposé du marché : « Venez acheter du vin et du lait, sans argent, sans rien payer » (Is 55, 1).

Le sacré, sans le saint

Il faut marquer pour finir la limite de cette confrontation. Le livre de Juganville fait place au sacré : parmi les affects profonds figure « la terreur du sacré : le numineux, c’est-à-dire la confrontation à un mystère qui effraie et fascine » (Êtres, p. 127), et l’œuvre d’art peut appeler « un effroi sacré » ou la « célébration du dieu » (Êtres, p. 215). Mais il ne fait place ni au saint ni à la liturgie. Juganville s’en est expliqué dans les entretiens : la liturgie est une surdétermination de l’existence, qui n’a pas à apparaître dans un livre consacré aux sens d’être. De même, le saint n’est mentionné que pour être écarté comme modèle, au même titre que le génie et le héros (Êtres, p. 60). L’ordinaire est le fil conducteur, et l’ordinaire n’est pas le lieu de la sainteté.

Cette réserve n’empêche pas les détournements. Dans la maternité où le père attend depuis vingt heures, l’humeur maussade bascule soudain en émotion : « Un enfant nous est né ! » (Êtres, p. 124). C’est la parole d’Isaïe (Is 9, 5), que Hannah Arendt avait déjà placée au terme de son analyse de l’action pour dire la natalité, c’est-à-dire le fait que, avec chaque naissance, quelque chose de neuf commence. Le livre de Juganville la reprend au même endroit conceptuel : « avec chaque naissance nouvelle, un nouveau monde vient à l’être » (Êtres, p. 93). La formule biblique sert ainsi à décrire un phénomène ordinaire et ne lui confère aucune autorité.

Questions ouvertes

La louange biblique, qui nomme chaque genre sans les confondre, serait-elle la tonalité affective propre à la pluralité ordinaire des sens d’être, une joie qui, contrairement aux affects profonds, ne dissout pas les contrastes ?

Le verbe « créer » nomme-t-il une venue à l’être que l’ontologie de la production aurait recouverte, ou bien l’image biblique du potier contenait-elle déjà en germe le « Producteur divin » de la métaphysique ?

Et si le Système hérite des attributs du premier moteur, la critique prophétique des idoles, ces ouvrages de mains d’homme qui rendent semblables à elles ceux qui les fabriquent, serait-elle l’une des plus anciennes descriptions de ce que Juganville appelle la Production Totalisante ?


Cet article fait partie d’une série consacrée aux sources philosophiques de Introduction radicale à la philosophie, reconstituées à partir d’une lecture attentive du texte, en l’absence de tout appareil de notes dans l’ouvrage publié.

→ Article suivant : ÊTRES & PASCAL