Un appel à une ontologie plurielle, sans qu’elle soit construite
Aurélien Barrau n’apparaît nulle part dans Introduction radicale à la philosophie — ni titre repris, ni concept technique identifiable. Cet article ne repose donc sur aucune dette textuelle avérée : c’est une convergence de diagnostic, repérée par la lecture — mais l’une des plus directes de toute cette série, puisque Barrau appelle lui-même, en toutes lettres, à ce que le livre de Juganville pourrait bien fournir.
« Changer radicalement d’ontologie »
Dans L’Hypothèse K. La science face à la catastrophe écologique (2023), Barrau désigne les techno-sciences au service du productivisme comme responsables de l’effondrement du vivant, et propose, pour y répondre, de changer radicalement d’ontologie. Il précise ailleurs le diagnostic : notre problème n’est pas technique, il est axiologique, ontologique et cosmologique — c’est pourquoi le techno-solutionnisme, qui prétend répondre à la catastrophe par plus de technique encore, resterait doublement stérile, puisqu’il ne fait que reconduire le paradigme même qui a produit le désastre. C’est un diagnostic qui rejoint presque terme à terme celui du livre de Juganville : ce n’est jamais telle ou telle application technique qui pose problème, c’est l’extension de la production elle-même à des sens d’être qui n’en relèvent pas.
Une ontologie plurielle, réclamée mais non construite
Barrau va jusqu’à nommer ce qu’il appelle de ses vœux : une « ontologie plurielle », un système qui ferait « une place réelle et pleine à l’altérité, à la diversité ». C’est presque le nom même que pourrait porter le projet du livre de Juganville — six sens d’être irréductibles les uns aux autres, contre l’indifférenciation que produit le Système. Mais Barrau le dit lui-même, avec une honnêteté qui mérite d’être soulignée : il ne sait pas très bien comment y parvenir. Son geste reste de l’ordre de l’appel, de l’exigence formulée depuis l’extérieur de la philosophie — celui d’un astrophysicien alertant sur l’urgence d’un changement de paradigme, sans jamais construire lui-même, avec l’appareil conceptuel que cela suppose, cette ontologie plurielle qu’il appelle.
Ce que le livre de Juganville pourrait apporter
C’est précisément ce que le livre de Juganville entreprend, par un tout autre chemin — non pas l’urgence de la catastrophe écologique en cours, mais la description méthodique, à partir de l’expérience la plus ordinaire, d’une pluralité de sens d’être qui résiste à toute réduction. Là où Barrau en appelle au poétique, à l’esthétique, à l’éthique, tous azimuts, pour esquisser cette ontologie sans la construire, le livre de Juganville procède par une voie plus systématique : la description directe des sens d’être eux-mêmes, puis l’analyse causale de ce qui les menace. Les deux textes se rejoignent sur le constat et sur l’exigence ; ils divergent sur la méthode, et c’est peut-être là que la rencontre est la plus instructive — un appel d’un côté, une tentative de réponse de l’autre.
Cet article fait partie d’une série consacrée aux sources philosophiques de Introduction radicale à la philosophie, reconstituées à partir des échos que le texte porte lui-même — citations, concepts ou structures argumentatives —, indépendamment de toute confirmation de l’auteur, ou au contraire grâce à ses indications.
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