ETRES – Le site des sources de Gilles de Juganville (par Claudio Legere)

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ÊTRES & AXELOS

Une rencontre avec Marx, sans trace laissée dans le texte

Kostas Axelos occupe, dans l’histoire de ce livre, une place d’un genre différent des autres figures de cette série : ce n’est pas une présence qu’on peut repérer à un titre emprunté ou à une formule technique reconnaissable, mais une influence de formation, assumée par l’auteur lui-même, qui ne laisse cependant aucune empreinte verbale identifiable dans le texte publié.

Marx, penseur de la technique

Axelos, philosophe grec naturalisé français, a personnellement connu Heidegger et consacré une bonne partie de son œuvre à faire dialoguer sa pensée avec celle de Marx. Son livre le plus connu, Marx, penseur de la technique (1961), propose une lecture singulière : loin des lectures économistes ou structuralistes de Marx qui dominaient alors, Axelos y voit avant tout un penseur de la technique et de son déploiement planétaire — une lecture qui rejoint, par un autre chemin, la critique heideggérienne de la technique moderne.

Une rencontre plutôt qu’une citation

C’est très précisément le type d’articulation qu’on retrouve, sans jamais la nommer, dans la troisième partie du livre : la critique de la production totalisante y mobilise à la fois le vocabulaire heideggérien de l’arraisonnement technique et l’analyse marxienne du capital et de la marchandise, dans un même geste qui ne distingue jamais explicitement l’un de l’autre. Si l’on en croit l’auteur lui-même, c’est bien la lecture d’Axelos qui a constitué sa première rencontre véritable avec la pensée de Marx — une rencontre déjà marquée, dès l’origine, par cette hybridation avec la question de la technique, plutôt qu’une lecture de Marx qui serait venue ensuite se combiner avec Heidegger de façon indépendante.

Une source qui ne se prouve pas par le texte

Il faut le dire clairement : rien, dans le livre, ne permet de vérifier cette dette par une citation ou une formule identifiable, comme cela a pu être le cas pour Granel et sa formule Sein ist Produktion. C’est une source qui appartient à la genèse intellectuelle de l’ouvrage plutôt qu’à son tissu verbal — comparable, en cela, à ce que l’auteur reconnaît devoir à Maldiney pour la pensée de l’événement : une influence réelle, mais qui s’est à ce point diluée dans la pensée qu’elle a contribué à former qu’elle n’y est plus repérable comme telle.


Cet article fait partie d’une série consacrée aux sources philosophiques de Introduction radicale à la philosophie, reconstituées à partir des échos que le texte porte lui-même — citations, concepts ou structures argumentatives —, indépendamment de toute confirmation de l’auteur, ou au contraire grâce à ses indications.

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