ETRES – Le site des sources de Gilles de Juganville (par Claudio Legere)

ontologie phénoménologie herméneutique anthropologie philosophie

INTRODUCTION

Pourquoi ce blog

Dévoiler les sources d’un livre qui n’en cite aucune

Introduction radicale à la philosophie, de Gilles de Juganville, fait un choix éditorial rare : aucune note de bas de page, aucune citation, aucune bibliographie. Pas une seule fois, en trois cents pages, un nom de philosophe n’apparaît. C’est un parti pris cohérent avec le projet du livre lui-même — revenir à l’expérience ordinaire plutôt qu’à l’histoire de la philosophie, laisser les sens d’être se montrer d’eux-mêmes plutôt que de les faire dépendre de l’autorité d’un système antérieur. Ce livre ne se veut l’héritier déclaré de personne, et le débiteur de toute la tradition phénoménologique.

Le titre complet du livre est Introduction radicale à la philosophie : Êtres, mots et choses. Ce blog reprend le premier mot de ce sous-titre plutôt que le titre principal — un choix qui se justifie par son objet : il ne s’agit pas ici de commenter l’ensemble du livre, mais de se concentrer précisément sur la dimension des êtres, les sens d’être et les sources philosophiques qui ont contribué à en penser la pluralité.

Le livre est publié aux Presses Universitaires de France (fiche éditeur) et disponible sur Cairn.

Un choix qui pose une question légitime

Mais ce silence n’est pas une absence. Un lecteur un peu familier de la phénoménologie du XXe siècle reconnaît, au détour d’une phrase, un titre qui n’est pas tout à fait anodin ; une distinction technique qui rappelle furieusement un auteur précis ; une scène qui semble empruntée à un texte qu’on croit reconnaître. Le livre ne dément ni ne confirme jamais rien de tout cela — il avance, imperturbable, dans sa propre prose, sans jamais s’arrêter pour indiquer d’où il vient.

C’est une question à laquelle un lecteur exigeant est en droit de vouloir répondre : d’où vient une pensée qui ne cite jamais personne ? Non par soupçon d’emprunt malhonnête — le livre ne prétend nulle part à une originalité absolue qu’il faudrait démasquer — mais par simple curiosité philosophique, celle qui voudrait situer cette pensée dans la conversation plus large dont elle hérite, qu’elle le revendique ou non.

Ce que ce blog entreprend

Ce blog rassemble un travail mené phrase par phrase, chapitre par chapitre, pour répondre à cette question : repérer les titres empruntés, les concepts techniques transposés, les scènes reprises d’un philosophe à l’autre, parfois les scènes littéraires glissées en clin d’œil. Heidegger, Husserl, Levinas, Merleau-Ponty, Arendt, Marx et une bonne vingtaine d’autres y apparaissent, chacun dans un article qui lui est propre, avec le degré de certitude que le texte permet réellement d’établir — certaines dettes se vérifient à la lettre près, d’autres ne reposent que sur la reconnaissance directe de l’auteur, sans trace verbale à l’appui.

Ce que ce blog n’est pas

Ce n’est ni une critique du livre, ni une manière de lui contester une originalité qu’il ne revendique d’ailleurs jamais lui-même de cette façon — on a consacré tout un article, dans cette série, à montrer que son originalité véritable se loge ailleurs que dans l’invention de chaque détail : dans la réponse déterminée qu’il apporte à la question de la pluralité de l’être, et dans la capacité rare à faire tenir ensemble, sans qu’aucune couture ne soit jamais visible, des voix aussi disparates. Ce blog n’a pas non plus vocation à remplacer la lecture du livre : c’est une carte de ses sources, pas un résumé de ses thèses — un outil pour qui voudrait, après l’avoir lu, comprendre plus précisément dans quelle conversation philosophique il s’inscrit.


Cet article ouvre une série consacrée aux sources philosophiques de Introduction radicale à la philosophie*, reconstituées à partir d’une lecture attentive du texte, en l’absence de tout appareil de notes dans l’ouvrage publié.*